Que sait-on de la contamination des mollusques?
Contamination par les micro-organismes
Les mollusques sont des organismes qui filtrent l’eau
pour se nourrir et qui sont donc susceptibles d’absorber
et d’accumuler divers types de micro-organismes présents
dans l’eau, qu’ils soient pathogènes ou non.
Il existe toutefois peu de données sur la présence
de micro-organismes dans les mollusques cueillis de façon
artisanale. Une étude réalisée sur des myes
récoltées dans neuf sites de cueillette répartis
entre Grandes-Bergeronnes et Pointe-aux-Outardes sur la Côte-Nord,
au cours de l’été 1999, a permis d’apporter
des éléments nouveaux sur les aspects microbiologiques
en lien avec ces mollusques. Les résultats de cette étude
ont notamment fait ressortir une fréquence élevée
de détection des pathogènes dans les myes, Cryptosporidium
sp. et Giardia sp. étant les micro-organismes
les plus souvent détectés, suivis, dans une moindre
mesure, de Campylobacter sp. Par ailleurs, les indicateurs
de contamination (Escherichia coli et coliformes fécaux)
n’ont été détectés que dans
une faible proportion des échantillons contaminés.
D’autres études semblent toutefois nécessaires
afin de valider les résultats obtenus. En effet, ces derniers
pourraient être expliqués par la faible sensibilité
de la méthode utilisée pour le dénombrement
des bactéries ainsi que par l’effet de la salinité
de l’eau sur les indicateurs usuels28.


Les intoxications causées par la consommation
de mollusques29
Une étude de surveillance des maladies causées
par les mollusques a été réalisée,
dans l’Est du Québec, pour la période s’étendant
entre le printemps 1999 et l’hiver 2001. Celle-ci a permis
de recenser 48 épisodes d’intoxication, touchant
au total 66 personnes. Une analyse exhaustive des renseignements
recueillis sur chacun des cas (symptômes, type d’aliments
consommés, analyses de selles et de sang, rapport d’investigation,
etc.) a été effectuée afin de déterminer
l’existence d’un lien entre la maladie et la consommation
de mollusques. Parmi les épisodes déclarés,
trois ont été classés «confirmés»,
30 «potentiels», 11 «peu probables», et
quatre ont été «rejetés». Deux
des trois épisodes «confirmés» étaient
d’origine microbiologique et impliquaient la présence
d’une bactérie pathogène (Bacillus cereus
et Clostridium perfringens). L’autre épisode concernait
les toxines marines (IPM). Par ailleurs, près de 70 % des
épisodes classés «confirmés»
ou «potentiels» ont été associés
à la consommation de produits marins en provenance d’un
restaurant, d’une épicerie ou d’une poissonnerie.
La cueillette artisanale a été responsable de six
épisodes d’intoxication (18 %). La moule a été
sans contredit l’espèce la plus associée à
ces événements (55 % des cas), suivie notamment
des buccins (15 %) et des myes (15 %). Au cours d’une enquête
réalisée sur la Côte-Nord en 1997, environ
8 % des personnes interrogées avaient affirmé avoir
déjà été
malades après avoir consommé des mollusques.

Contamination par les toxines
Les mollusques sont également susceptibles d’absorber
des algues microscopiques, dont certaines sont productrices de
toxines, notamment l’algue planctonique Alexandrium
tamarense30. Ces algues,
qui se retrouvent surtout en été dans l’estuaire
maritime et le long du littoral du golfe du Saint-Laurent, se
multiplient et se concentrent selon diverses conditions environnementales
(température, variations de la salinité, abondance
des matières nutritives, courants)31,
33.
Une fois contaminés, les mollusques peuvent conserver
leur toxicité de plusieurs semaines à plusieurs
mois. Ces toxines, qui s’accumulent dans les organes internes
des mollusques, peuvent provoquer, chez ceux qui les consomment,
divers types d’intoxication. Les trois formes les plus susceptibles
de survenir au Québec sont l’intoxication paralysante
(IPM), l’intoxication amnestique (IAM) et l’intoxication
diarrhéique (IDM) par les mollusques32.

Les mollusques du Saint-Laurent sont des
organismes filtreurs
qui peuvent contenir des micro-organismes pathogènes et
des biotoxines.
L’IPM est la manifestation toxique la plus fréquente
chez les consommateurs de mollusques du Saint-Laurent, ce dernier
étant d’ailleurs la région canadienne où
le plus grand nombre de cas a été dénombré.
Depuis 1984, au moins 16 épisodes
confirmés d’IPM y ont été recensés.
Les derniers cas d’IAM recensés au Québec
sont survenus en 1987, lesquels avaient été associés
à la consommation de mollusques provenant de l’Île-du-Prince-Édouard.
Enfin, aucun cas d’IDM n’a encore
été rapporté au Québec32.
En 1998, la découverte inattendue de nouvelles toxines
dans des mollusques des Îles-de-la-Madeleine, et notamment
de celles responsables de l’intoxication diarrhéique,
a alerté les chercheurs de l’Agence canadienne d’inspection
des aliments. Ceux-ci ont mesuré la présence de
la substance en cause dans les glandes digestives de moules et
d’autres mollusques en provenance de divers secteurs coquilliers.
Une proportion d’environ 10 % des échantillons s’est
révélée contaminée par les toxines
diarrhéiques. De ce nombre, 56 % avaient été
prélevés hors du territoire des Îles-de-la-Madeleine,
démontrant que la contamination notée pour la première
fois à l’été 1998 pouvait toucher d’autres
zones de cueillette au Québec. La présence de ces
toxines pourrait être attribuable, comme ailleurs dans l’Est
du Canada, à l’algue Prorocentrum lima,
d’ailleurs détectée dans les moules analysées.
Cependant, lors de leurs travaux, les chercheurs ont également
fait la découverte de Prorocentrum mexicanum, une algue
de la même famille dont la présence était
ignorée dans la région, puisqu’elle est habituellement
retrouvée à des latitudes plus méridionales.
Ils ont constaté que sous certaines conditions environnementales,
cette algue pouvait se retrouver dans les glandes digestives des
moules d’élevage33.
Contamination par les substances chimiques
Une évaluation du risque pour la santé associé
à la présence de substances chimiques dans les mollusques
a aussi été réalisée, en 1997, entre
Tadoussac et Baie-Trinité, sur la Côte-Nord. La majorité
des contaminants chimiques alors recherchés dans les échantillons
de myes ont été détectés. L’exposition
aux contaminants chimiques lors de la consommation de myes a été
évaluée à partir de différents scénarios
de consommation. Les résultats ont fait ressortir que les
substances chimiques susceptibles d’entraîner des
effets toxiques avec seuil, tels les effets systémiques
non cancérogènes, étaient présentes
à des concentrations trop faibles pour qu’une consommation
régulière de myes entraîne un risque à
la santé, même chez le consommateur régulier34.


Quelques cas d’intoxication sont recensés
chaque année parmi
les gens qui s’adonnent à la récolte de mollusques.
Quelques mesures de prévention25,
35, 36