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La cueillette récréative des mollusques
sur la rive nord de lestuaire du Saint-Laurent

Alors que certaines
activités traditionnelles liées au Saint-Laurent tendent à disparaître,
la cueillette de mollusques constitue, sur la Côte-Nord, une
pratique encore bien vivante. En effet, malgré une diminution
de la qualité bactériologique des eaux ayant entraîné la fermeture
de certaines zones coquillières, la cueillette récréative des
mollusques demeure une activité grandement appréciée par la
population locale.
Le présent article
fait état des conclusions dune étude menée afin de documenter
lactivité de cueillette récréative des mollusques sur
le territoire de la ZIP (Zone dintervention prioritaire)
de la rive nord de lestuaire, qui s'étend de Tadoussac
jusqu'à Pointe-des-Monts (dans le village de Baie-Trinité).
Conduit
par la Direction de la santé publique de la Côte-Nord, ce projet
de recherche a comporté une enquête auprès des cueilleurs récréatifs
de mollusques, ainsi quune estimation des risques microbiologique
et chimique associés à la consommation de mollusques.
Dans le cadre de lenquête,
plus de deux cents cueilleurs ont été rencontrés dans dix-huit
secteurs coquilliers, lesquels ont été visités deux fois en
moyenne. De ces deux cents cueilleurs, 162 ont été interrogés
au cours dentrevues verbales dune quinzaine de minutes.

Des habitudes de cueillette
et de consommation variables
Les cueilleurs interrogés,
majoritairement des hommes âgés de 20 à 50 ans, peuvent
être divisés en deux catégories, selon leurs habitudes de cueillette
et de consommation, soit les cueilleurs occasionnels et les
cueilleurs réguliers (voir le tableau 1).
Tableau 1
Caractéristiques distinctives des cueilleurs de mollusques
|
Cueilleur
occasionnel |
Cueilleur
régulier
|
| Cueille
des mollusques moins de trois fois par année |
Cueille
des mollusques plusieurs fois par mois |
| Pratique
lactivité de cueillette principalement la fin de semaine |
Pratique
lactivité de cueillette nimporte quel jour de
la semaine |
| Cueille
des mollusques au printemps seulement |
Cueille
principalement au printemps mais également à dautres
périodes de lannée |
| Consomme
des mollusques moins de cinq fois par année |
Consomme
des mollusques plus de onze fois par année |
| Consomme
des mollusques à certaines périodes de l'année seulement,
principalement au printemps |
Consomme
des mollusques à longueur dannée ou na pas de
période de consommation privilégiée |
La mye commune est
de loin lespèce la plus cueillie et la plus consommée
par les cueilleurs interrogés, suivie du buccin commun et de
la moule bleue.
À
gauche de cette photo, on retrouve la mye commune; au centre,
dans la partie supérieure, la moule bleue et dans la partie
inférieure, le buccin commun; à droite, dans la partie supérieure,
le mésodesme arctique et dans la partie inférieure droite, le
bigorneau.
Les cueilleurs interrogés
prennent en moyenne quinze repas de 410 g de chair de mollusques
chaque année (chaque repas étant habituellement constitué dune
moyenne de 47 myes communes). Plus du tiers des cueilleurs
mangent des mollusques plus de vingt fois par année. De façon
générale, la quantité de mollusques par repas varie de moins
de 80 g à 2 700 g de chair.

Buccin commun

Risques et bénéfices
pour la santé des consommateurs
Les cueilleurs interrogés
dans le cadre de lenquête nattribuent aucun bénéfice
particulier à la consommation de mollusques; ils consomment
ces organismes simplement parce quils en aiment le goût.
Dans les faits, de nombreux bénéfices peuvent toutefois être
associés à la consommation de mollusques. En effet, ces organismes
sont dexcellentes sources de fer et de vitamine B12
et de bonnes sources de phosphore, de zinc et de niacine.
De même, les cueilleurs
considèrent que la consommation de mollusques ne pose pas de
risque particulier pour leur santé, et ce, même sils savent
que la cueillette est interdite dans certains secteurs coquilliers.
Cette interdiction sexplique par le fait que les mollusques
concentrent dans leur chair certaines sources de pollution présentes
dans les eaux des bancs coquilliers.
Les chercheurs ont
évalué le risque, sur les plans microbiologique et chimique,
que pouvait présenter pour la santé la consommation de la mye
commune, le mollusque bivalve le plus cueilli et le plus consommé
sur la rive nord de lestuaire maritime du Saint-Laurent.
Ils voulaient déterminer si, aux taux de contamination mesurés
dans les myes de laire détude, la consommation de
ces mollusques constituait une source substantielle dexposition
aux micro-organismes pathogènes et aux produits chimiques introduits
dans lestuaire maritime. À partir des résultats danalyse,
lévaluation du risque pour la santé a été effectuée selon
divers scénarios de consommation.
Il apparaît, au terme
de lanalyse en laboratoire de mollusques prélevés dans
plusieurs secteurs coquilliers, que la consommation de la mye
commune constitue une source substantielle dexposition
aux micro-organismes pathogènes et aux contaminants chimiques.
« Sur le plan
de la contamination chimique, notamment, nous avons détecté
des concentrations mesurables pour lensemble des dix-neuf
contaminants à létude, parmi lesquels figuraient les BPC,
ainsi que plusieurs métaux lourds et composés organochlorés »,
explique M. Jacques-François Cartier, lun des chercheurs
ayant participé à létude. « Pourtant, à lheure
actuelle, ces contaminants ne font lobjet daucune
tentative de détection lorsquon évalue la qualité des
secteurs coquilliers. Nous recommandons donc quun système
de surveillance soit mis en place pour que ces paramètres, en
plus des toxines et des contaminants dorigine bactériologique,
puissent être mesurés dans les secteurs de cueillette des mollusques.
Cette surveillance devrait être effectuée sur une base régulière,
de sorte quon puisse déceler les tendances dans la concentration
des contaminants chimiques. »
Néanmoins, en dépit
des concentrations détectées, rien ne justifie de recommander
aux consommateurs réguliers de modifier leurs habitudes, pour
autant que ces derniers respectent les consignes relatives à
la cuisson des mollusques ou à la fermeture de certaines zones.
« Toutefois, outre les catégories des cueilleurs occasionnels
et réguliers, notre enquête laisse croire à lexistence
dune cueillette de subsistance. Ces consommateurs doivent
être encouragés à diminuer leur consommation; nous devons cependant
prendre en considération la difficulté quils auront à
substituer aux mollusques une autre source alimentaire, puisque
cette cueillette de subsistance constitue une réponse à un contexte
socio-économique particulièrement difficile dans la région »,
conclut M. Cartier.

Source :
TREMBLAY, Thierry,
Jacques-François CARTIER et Fabien GAGNON. 1999. Analyse
du risque chimique et microbiologique lié à la consommation
de mollusques cueillis de façon artisanale dans la ZIP de Baie-Comeau,
Direction de la santé publique, Régie régionale de la santé
et des services sociaux de la Côte-Nord, 150 pages + annexes.
Pour information :
Jacques-François Cartier
Conseiller Santé et Environnement
Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord
Téléphone : (418) 589-9845
Télécopieur : (418) 589-8574
Courriel : Jacques-Francois_Cartier@ssss.gouv.qc.ca
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