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BULLETIN D'INFORMATION
SAINT-LAURENT VISION 2000

VOLUME 10 – NUMÉRO 4 – SEPTEMBRE 1999
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SOMMAIRE

La contamination du Saint-Laurent et la santé des nouveau-nés de la Côte-Nord
La cueillette récréative des mollusques sur la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent La cueillette récréative des mollusques sur la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent
Chronique ZIP
Nouvelles en bref

La cueillette récréative des mollusques
sur la rive nord de l’estuaire du Saint-Laurent

Photo: cueillette de mollusques

Alors que certaines activités traditionnelles liées au Saint-Laurent tendent à disparaître, la cueillette de mollusques constitue, sur la Côte-Nord, une pratique encore bien vivante. En effet, malgré une diminution de la qualité bactériologique des eaux ayant entraîné la fermeture de certaines zones coquillières, la cueillette récréative des mollusques demeure une activité grandement appréciée par la population locale.

Le présent article fait état des conclusions d’une étude menée afin de documenter l’activité de cueillette récréative des mollusques sur le territoire de la ZIP (Zone d’intervention prioritaire) de la rive nord de l’estuaire, qui s'étend de Tadoussac jusqu'à Pointe-des-Monts (dans le village de Baie-Trinité).

Conduit par la Direction de la santé publique de la Côte-Nord, ce projet de recherche a comporté une enquête auprès des cueilleurs récréatifs de mollusques, ainsi qu’une estimation des risques microbiologique et chimique associés à la consommation de mollusques.

Dans le cadre de l’enquête, plus de deux cents cueilleurs ont été rencontrés dans dix-huit secteurs coquilliers, lesquels ont été visités deux fois en moyenne. De ces deux cents cueilleurs, 162 ont été interrogés au cours d’entrevues verbales d’une quinzaine de minutes.

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Des habitudes de cueillette et de consommation variables

Les cueilleurs interrogés, majoritairement des hommes âgés de 20 à 50 ans, peuvent être divisés en deux catégories, selon leurs habitudes de cueillette et de consommation, soit les cueilleurs occasionnels et les cueilleurs réguliers (voir le tableau 1).

Tableau 1 Caractéristiques distinctives des cueilleurs de mollusques

Cueilleur occasionnel

Cueilleur régulier

Cueille des mollusques moins de trois fois par année Cueille des mollusques plusieurs fois par mois
Pratique l’activité de cueillette principalement la fin de semaine Pratique l’activité de cueillette n’importe quel jour de la semaine
Cueille des mollusques au printemps seulement Cueille principalement au printemps mais également à d’autres périodes de l’année
Consomme des mollusques moins de cinq fois par année Consomme des mollusques plus de onze fois par année
Consomme des mollusques à certaines périodes de l'année seulement, principalement au printemps Consomme des mollusques à longueur d’année ou n’a pas de période de consommation privilégiée

La mye commune est de loin l’espèce la plus cueillie et la plus consommée par les cueilleurs interrogés, suivie du buccin commun et de la moule bleue.

Photo: mollusquesÀ gauche de cette photo, on retrouve la mye commune; au centre, dans la partie supérieure, la moule bleue et dans la partie inférieure, le buccin commun; à droite, dans la partie supérieure, le mésodesme arctique et dans la partie inférieure droite, le bigorneau.

 

 

Les cueilleurs interrogés prennent en moyenne quinze repas de 410 g de chair de mollusques chaque année (chaque repas étant habituellement constitué d’une moyenne de 47 myes communes). Plus du tiers des cueilleurs mangent des mollusques plus de vingt fois par année. De façon générale, la quantité de mollusques par repas varie de moins de 80 g à 2 700 g de chair.

Photo: Buccin commun

Buccin commun

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Risques et bénéfices pour la santé des consommateurs

Les cueilleurs interrogés dans le cadre de l’enquête n’attribuent aucun bénéfice particulier à la consommation de mollusques; ils consomment ces organismes simplement parce qu’ils en aiment le goût. Dans les faits, de nombreux bénéfices peuvent toutefois être associés à la consommation de mollusques. En effet, ces organismes sont d’excellentes sources de fer et de vitamine B12 et de bonnes sources de phosphore, de zinc et de niacine.

De même, les cueilleurs considèrent que la consommation de mollusques ne pose pas de risque particulier pour leur santé, et ce, même s’ils savent que la cueillette est interdite dans certains secteurs coquilliers. Cette interdiction s’explique par le fait que les mollusques concentrent dans leur chair certaines sources de pollution présentes dans les eaux des bancs coquilliers.

Les chercheurs ont évalué le risque, sur les plans microbiologique et chimique, que pouvait présenter pour la santé la consommation de la mye commune, le mollusque bivalve le plus cueilli et le plus consommé sur la rive nord de l’estuaire maritime du Saint-Laurent. Ils voulaient déterminer si, aux taux de contamination mesurés dans les myes de l’aire d’étude, la consommation de ces mollusques constituait une source substantielle d’exposition aux micro-organismes pathogènes et aux produits chimiques introduits dans l’estuaire maritime. À partir des résultats d’analyse, l’évaluation du risque pour la santé a été effectuée selon divers scénarios de consommation.

Il apparaît, au terme de l’analyse en laboratoire de mollusques prélevés dans plusieurs secteurs coquilliers, que la consommation de la mye commune constitue une source substantielle d’exposition aux micro-organismes pathogènes et aux contaminants chimiques.

« Sur le plan de la contamination chimique, notamment, nous avons détecté des concentrations mesurables pour l’ensemble des dix-neuf contaminants à l’étude, parmi lesquels figuraient les BPC, ainsi que plusieurs métaux lourds et composés organochlorés », explique M. Jacques-François Cartier, l’un des chercheurs ayant participé à l’étude. « Pourtant, à l’heure actuelle, ces contaminants ne font l’objet d’aucune tentative de détection lorsqu’on évalue la qualité des secteurs coquilliers. Nous recommandons donc qu’un système de surveillance soit mis en place pour que ces paramètres, en plus des toxines et des contaminants d’origine bactériologique, puissent être mesurés dans les secteurs de cueillette des mollusques. Cette surveillance devrait être effectuée sur une base régulière, de sorte qu’on puisse déceler les tendances dans la concentration des contaminants chimiques. »

Néanmoins, en dépit des concentrations détectées, rien ne justifie de recommander aux consommateurs réguliers de modifier leurs habitudes, pour autant que ces derniers respectent les consignes relatives à la cuisson des mollusques ou à la fermeture de certaines zones. « Toutefois, outre les catégories des cueilleurs occasionnels et réguliers, notre enquête laisse croire à l’existence d’une cueillette de subsistance. Ces consommateurs doivent être encouragés à diminuer leur consommation; nous devons cependant prendre en considération la difficulté qu’ils auront à substituer aux mollusques une autre source alimentaire, puisque cette cueillette de subsistance constitue une réponse à un contexte socio-économique particulièrement difficile dans la région », conclut M. Cartier.

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Source :

TREMBLAY, Thierry, Jacques-François CARTIER et Fabien GAGNON. 1999. Analyse du risque chimique et microbiologique lié à la consommation de mollusques cueillis de façon artisanale dans la ZIP de Baie-Comeau, Direction de la santé publique, Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord, 150 pages + annexes.

Pour information :

Jacques-François Cartier
Conseiller Santé et Environnement
Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord
Téléphone : (418) 589-9845
Télécopieur : (418) 589-8574
Courriel : Jacques-Francois_Cartier@ssss.gouv.qc.ca

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