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Sur
la trace de nouvelles toxines marines aux îles de la Madeleine
L'Agence
canadienne dinspection des aliments (ACIA) gère le Programme
de contrôle des biotoxines marines, qui vise à détecter la présence
de toxines dans les mollusques cueillis à des fins commerciales
ou récréatives au Québec. En 1998, la découverte inattendue
de deux toxines dans des mollusques des îles de la Madeleine
a alerté les chercheurs de l'ACIA et entraîné la mise en uvre
d'un projet de recherche mené conjointement avec l'Institut
Maurice-Lamontagne (IML) de Pêches et Océans Canada. Les principales
conclusions de cette étude, menée dans le cadre des activités
du domaine d'intervention Santé humaine de Saint-Laurent Vision
2000, sont exposées dans le présent article.
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Photo
: Agence
canadienne d'inspection des aliments (ACIA)
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Les
mollusques bivalves, au nombre desquels on compte les myes,
les palourdes, les pétoncles, les moules, les clovisses et les
couteaux, se nourrissent par filtration. Cela signifie qu'ils
aspirent l'eau ainsi que les algues microscopiques s'y trouvant
afin d'en extraire les éléments nutritifs nécessaires à leur
alimentation. Ce faisant, les mollusques peuvent accumuler des
toxines produites par les algues et susceptibles de provoquer,
chez l'être humain, divers types d'intoxication : l'intoxication
paralysante, l'intoxication amnestique et l'intoxication diarrhéique.

Un suivi
rigoureux menant parfois à des découvertes inattendues
Compte
tenu du fait que les algues à l'origine de l'intoxication paralysante
par les mollusques se trouvent en grand nombre dans les eaux
de la Côte-Nord, du Bas-Saint-Laurent et d'Anticosti, ainsi
qu'autour de la péninsule gaspésienne, l'ACIA assure le suivi
hebdomadaire des niveaux de la toxine paralysante des mollusques.
Lorsque le taux de contamination des mollusques dépasse les
normes canadiennes jugées sans risque pour la santé des consommateurs,
les sites coquilliers sont alors fermés.
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| Alexandrium
tamarense (toxine paralysante) |
L'Agence
effectue également le suivi de l'acide domoïque, toxine à laquelle
on attribue l'intoxication amnestique. Quoique les algues reconnues
pour leur capacité à produire cette toxine soient parfois très
abondantes dans les eaux de certaines zones coquillières du
Saint-Laurent, lacide domoïque navait jamais été
détecté dans des produits marins au Québec avant l'été 1998.
C'est à la suite d'une analyse de routine qu'on a alors décelé
de faibles concentrations d'acide domoïque dans les ufs
de pétoncles.
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| Pseudo-nitzschia
seriata (acide domoïque) |
Une
autre découverte surprenante attendait les responsables du Programme
de contrôle des biotoxines marines à l'été 1998. En effet,
aux îles de la Madeleine, vingt personnes ayant consommé des
moules ont présenté des symptômes ressemblant à ceux de l'intoxication
diarrhéique. L'enquête a permis de révéler que les moules consommées
contenaient de faibles concentrations de l'une des toxines causant
cette intoxication, qui provoque des malaises gastro-intestinaux
dont les principaux symptômes sont la diarrhée, la nausée, les
vomissements, les douleurs abdominales et les frissons. Au Québec,
c'était la toute première fois que l'on détectait une toxine
diarrhéique dans les mollusques.

L'algue
présumée coupable déjà connue des chercheurs
L'origine
de cette toxine semblait évidente, puisque les travaux des chercheurs
de l'IML avaient déjà permis de déceler, dans les eaux du Saint-Laurent,
la présence d'algues susceptibles de produire les toxines diarrhéiques,
et ce, à des concentrations considérées dangereuses dans les
provinces de l'Atlantique ou dans dautres pays. Grâce
à son programme de surveillance des algues toxiques, l'IML avait
notamment pu constater la présence occasionnelle, aux îles de
la Madeleine, de l'algue Prorocentrum lima.
Sur
la base de ces observations, l'ACIA et l'IML ont entrepris une
étude visant d'abord à vérifier si Prorocentrum lima
pouvait expliquer la présence de toxines diarrhéiques dans les
moules des îles de la Madeleine. Pour ce faire, on a mesuré
le niveau de toxines diarrhéiques dans les glandes digestives
de moules et d'autres mollusques de plusieurs secteurs des îles
et d'autres régions du Québec. Une proportion de 9,9 p. 100
des échantillons se sont révélés contaminés par les toxines
diarrhéiques. De ce nombre, 56 p. 100 avaient été
prélevés hors du territoire des îles de la Madeleine, démontrant
que la contamination notée pour la première fois à l'été 1998
pouvait toucher dautres zones de cueillette au Québec.
La moule,
qui compte pour 88 p. 100 des cas de contamination,
est lespèce la plus touchée. En comparant les moules sauvages
et les moules de culture, on a constaté que la contamination
était presque quatre fois plus fréquente chez ces dernières.
Des échantillonnages ont permis de démontrer que cet écart pourrait
notamment s'expliquer par l'utilisation, en aquaculture, de
structures qui fournissent à l'algue Prorocentrum lima le
substrat dont elle a besoin pour se multiplier.

Au banc
des accusés, une nouvelle venue
Bien
que des concentrations de la toxine produite par Prorocentrum
lima aient été détectées dans les moules consommées aux
îles de la Madeleine en 1998, il semble que ces teneurs ne puissent
expliquer l'intoxication signalée. L'explication pourrait être
fournie par la découverte de Prorocentrum mexicanum,
une algue de la même famille dont on ignorait la présence dans
la région. « La présence de Prorocentrum mexicanum
aux îles de la Madeleine était tout à fait inattendue, puisque
cette algue était jusqualors considérée comme une
espèce tropicale », explique M. Maurice Levasseur,
chercheur à l'IML.
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| Prorocentrum
lima |
Prorocentrum
mexicanum |
Cette
découverte a apporté des éléments nouveaux quant au problème
de lintoxication diarrhéique aux îles de la Madeleine.
En effet, Prorocentrum mexicanum produit également des
toxines diarrhéiques, qui causent les mêmes symptômes d'intoxication.
Ces toxines nont pas été mesurées lors de l'étude menée
par l'ACIA et l'IML, mais elles pourraient représenter un risque
qui devra être évalué ultérieurement.

La toxicité
des souches d'algues du Saint-Laurent à l'étude
Plusieurs
questions ont été soulevées au cours du projet mené par l'ACIA
et l'IML. « Les prochaines étapes pourraient consister
à cultiver, en laboratoire, les souches de Prorocentrum lima
et de Prorocentrum mexicanum trouvées dans les eaux
du Saint-Laurent, puis de comparer ces souches à celles qui
produisent des toxines dans d'autres régions », explique
M. Gilbert Sauvé, de l'ACIA. Le même type d'étude
pourrait être mené avec les diatomées à l'origine de l'intoxication
amnestique. Ces algues sont parfois très abondantes dans certaines
zones coquillières du Saint-Laurent, mais on ne peut établir
de lien direct entre leur présence et les concentrations parfois
très élevées dacide domoïque que lon mesure dans
les mollusques.
En soumettant
les souches dalgues du Saint-Laurent à diverses conditions
liées à la température, à la lumière ou à la disponibilité des
nutriments et en observant leur capacité à produire des toxines,
on pourra prédire l'augmentation éventuelle de leur toxicité
à la suite d'un changement des conditions environnementales
du Saint-Laurent.
Pour
information :
Maurice
Levasseur
Pêches et Océans Canada
Institut Maurice-Lamontagne
Téléphone : (418) 775-0608
Courriel : levasseurm@dfo-mpo.gc.ca
Gilbert
Sauvé
Agence canadienne d'inspection des aliments
Téléphone : (418) 648-7373, poste 298
Courriel : sauveg@EM.AGR.CA
Sources :
SAUVÉ,
G, M. LEVASSEUR, J.-Y. COUTURE, et S. MICHAUD. 2000. Évaluation
des biotoxines marines nouvellement identifiées dans des mollusques
du Québec et identification de leurs sources. Agence canadienne
d'inspection des aliments et Pêches et Océans Canada, 49 p.
ST-AUBIN,
G. 2000. Bien cueillir
bien manger! La cueillette des
mollusques et votre santé, Comité ZIP de la rive nord de
l'estuaire, 12 p.
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