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BULLETIN D'INFORMATION
SAINT-LAURENT VISION 2000

VOLUME 1
1 – NUMÉRO 5 – SEPTEMBRE 2000
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SOMMAIRE

La biodiversité du Saint-Laurent
Sur la trace de nouvelles toxines marines aux îles de la Madeleine Sur la trace de nouvelles toxines marines aux îles de la Madeleine
Chronique ZIP
Nouvelles en bref

Sur la trace de nouvelles toxines marines aux îles de la Madeleine

L'Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) gère le Programme de contrôle des biotoxines marines, qui vise à détecter la présence de toxines dans les mollusques cueillis à des fins commerciales ou récréatives au Québec. En 1998, la découverte inattendue de deux toxines dans des mollusques des îles de la Madeleine a alerté les chercheurs de l'ACIA et entraîné la mise en œuvre d'un projet de recherche mené conjointement avec l'Institut Maurice-Lamontagne (IML) de Pêches et Océans Canada. Les principales conclusions de cette étude, menée dans le cadre des activités du domaine d'intervention Santé humaine de Saint-Laurent Vision 2000, sont exposées dans le présent article.

Photo: mollusques

Photo : Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA)


Les mollusques bivalves, au nombre desquels on compte les myes, les palourdes, les pétoncles, les moules, les clovisses et les couteaux, se nourrissent par filtration. Cela signifie qu'ils aspirent l'eau ainsi que les algues microscopiques s'y trouvant afin d'en extraire les éléments nutritifs nécessaires à leur alimentation. Ce faisant, les mollusques peuvent accumuler des toxines produites par les algues et susceptibles de provoquer, chez l'être humain, divers types d'intoxication : l'intoxication paralysante, l'intoxication amnestique et l'intoxication diarrhéique.

Photo: Buccin Photo: Littorine (Bigorneau)
Buccin Littorine (Bigorneau)
Photo: Palourde, mye et clovisse Photo: Moule

Moule

Photo: Couteau

De haut en bas : Palourde, mye et clovisse Couteau
Photos : Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA)

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Un suivi rigoureux menant parfois à des découvertes inattendues

Compte tenu du fait que les algues à l'origine de l'intoxication paralysante par les mollusques se trouvent en grand nombre dans les eaux de la Côte-Nord, du Bas-Saint-Laurent et d'Anticosti, ainsi qu'autour de la péninsule gaspésienne, l'ACIA assure le suivi hebdomadaire des niveaux de la toxine paralysante des mollusques. Lorsque le taux de contamination des mollusques dépasse les normes canadiennes jugées sans risque pour la santé des consommateurs, les sites coquilliers sont alors fermés.

Photo: Alexandrium tamarense (toxine paralysante)
Alexandrium tamarense (toxine paralysante)

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Agence effectue également le suivi de l'acide domoïque, toxine à laquelle on attribue l'intoxication amnestique. Quoique les algues reconnues pour leur capacité à produire cette toxine soient parfois très abondantes dans les eaux de certaines zones coquillières du Saint-Laurent, l’acide domoïque n’avait jamais été détecté dans des produits marins au Québec avant l'été 1998. C'est à la suite d'une analyse de routine qu'on a alors décelé de faibles concentrations d'acide domoïque dans les œufs de pétoncles.

Photo: Pseudo-nitzschia seriata (acide domoïque)
Pseudo-nitzschia seriata (acide domoïque)

Une autre découverte surprenante attendait les responsables du Programme de contrôle des biotoxines marines à l'été 1998. En effet, aux îles de la Madeleine, vingt personnes ayant consommé des moules ont présenté des symptômes ressemblant à ceux de l'intoxication diarrhéique. L'enquête a permis de révéler que les moules consommées contenaient de faibles concentrations de l'une des toxines causant cette intoxication, qui provoque des malaises gastro-intestinaux dont les principaux symptômes sont la diarrhée, la nausée, les vomissements, les douleurs abdominales et les frissons. Au Québec, c'était la toute première fois que l'on détectait une toxine diarrhéique dans les mollusques.

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L'algue présumée coupable déjà connue des chercheurs

L'origine de cette toxine semblait évidente, puisque les travaux des chercheurs de l'IML avaient déjà permis de déceler, dans les eaux du Saint-Laurent, la présence d'algues susceptibles de produire les toxines diarrhéiques, et ce, à des concentrations considérées dangereuses dans les provinces de l'Atlantique ou dans d’autres pays. Grâce à son programme de surveillance des algues toxiques, l'IML avait notamment pu constater la présence occasionnelle, aux îles de la Madeleine, de l'algue Prorocentrum lima.

Sur la base de ces observations, l'ACIA et l'IML ont entrepris une étude visant d'abord à vérifier si Prorocentrum lima pouvait expliquer la présence de toxines diarrhéiques dans les moules des îles de la Madeleine. Pour ce faire, on a mesuré le niveau de toxines diarrhéiques dans les glandes digestives de moules et d'autres mollusques de plusieurs secteurs des îles et d'autres régions du Québec. Une proportion de 9,9 p. 100 des échantillons se sont révélés contaminés par les toxines diarrhéiques. De ce nombre, 56 p. 100 avaient été prélevés hors du territoire des îles de la Madeleine, démontrant que la contamination notée pour la première fois à l'été 1998 pouvait toucher d’autres zones de cueillette au Québec.

La moule, qui compte pour 88 p. 100 des cas de contamination, est l’espèce la plus touchée. En comparant les moules sauvages et les moules de culture, on a constaté que la contamination était presque quatre fois plus fréquente chez ces dernières. Des échantillonnages ont permis de démontrer que cet écart pourrait notamment s'expliquer par l'utilisation, en aquaculture, de structures qui fournissent à l'algue Prorocentrum lima le substrat dont elle a besoin pour se multiplier.

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Au banc des accusés, une nouvelle venue

Bien que des concentrations de la toxine produite par Prorocentrum lima aient été détectées dans les moules consommées aux îles de la Madeleine en 1998, il semble que ces teneurs ne puissent expliquer l'intoxication signalée. L'explication pourrait être fournie par la découverte de Prorocentrum mexicanum, une algue de la même famille dont on ignorait la présence dans la région. « La présence de Prorocentrum mexicanum aux îles de la Madeleine était tout à fait inattendue, puisque cette algue était jusqu’alors considérée comme une espèce tropicale », explique M. Maurice Levasseur, chercheur à l'IML.

Photo: Prorocentrum lima Photo: Prorocentrum mexicanum
Prorocentrum lima Prorocentrum mexicanum

Cette découverte a apporté des éléments nouveaux quant au problème de l’intoxication diarrhéique aux îles de la Madeleine. En effet, Prorocentrum mexicanum produit également des toxines diarrhéiques, qui causent les mêmes symptômes d'intoxication. Ces toxines n’ont pas été mesurées lors de l'étude menée par l'ACIA et l'IML, mais elles pourraient représenter un risque qui devra être évalué ultérieurement.

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La toxicité des souches d'algues du Saint-Laurent à l'étude

Plusieurs questions ont été soulevées au cours du projet mené par l'ACIA et l'IML. « Les prochaines étapes pourraient consister à cultiver, en laboratoire, les souches de Prorocentrum lima et de Prorocentrum mexicanum trouvées dans les eaux du Saint-Laurent, puis de comparer ces souches à celles qui produisent des toxines dans d'autres régions », explique M. Gilbert Sauvé, de l'ACIA. Le même type d'étude pourrait être mené avec les diatomées à l'origine de l'intoxication amnestique. Ces algues sont parfois très abondantes dans certaines zones coquillières du Saint-Laurent, mais on ne peut établir de lien direct entre leur présence et les concentrations parfois très élevées d’acide domoïque que l’on mesure dans les mollusques.

En soumettant les souches d’algues du Saint-Laurent à diverses conditions liées à la température, à la lumière ou à la disponibilité des nutriments et en observant leur capacité à produire des toxines, on pourra prédire l'augmentation éventuelle de leur toxicité à la suite d'un changement des conditions environnementales du Saint-Laurent.

Pour information :

Maurice Levasseur
Pêches et Océans Canada
Institut Maurice-Lamontagne
Téléphone : (418) 775-0608
Courriel : levasseurm@dfo-mpo.gc.ca

Gilbert Sauvé
Agence canadienne d'inspection des aliments
Téléphone : (418) 648-7373, poste 298
Courriel : sauveg@EM.AGR.CA

Sources :

SAUVÉ, G, M. LEVASSEUR, J.-Y. COUTURE, et S. MICHAUD. 2000. Évaluation des biotoxines marines nouvellement identifiées dans des mollusques du Québec et identification de leurs sources. Agence canadienne d'inspection des aliments et Pêches et Océans Canada, 49 p.

ST-AUBIN, G. 2000. Bien cueillir… bien manger! La cueillette des mollusques et votre santé, Comité ZIP de la rive nord de l'estuaire, 12 p.

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