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BULLETIN D'INFORMATION
SAINT-LAURENT VISION 2000

VOLUME 11 – NUMÉRO 9 – FÉVRIER 2001
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SOMMAIRE

 

L'industrie maritime met en place une mesure concrète pour diminuer l'érosion des berges

Pour une meilleure détection des micro-organismes pathogènes dans les mollusques bivalves de l'estuaire maritime du Saint-Laurent Pour une meilleure détection des micro-organismes pathogènes dans les mollusques bivalves de l'estuaire maritime du Saint-Laurent
 

La présence de chloroforme dans l'eau potable puisée dans le Saint-Laurent et ses conséquences sur la santé

 

Nouvelles en bref

 

Pour une meilleure détection des micro-organismes pathogènes dans les mollusques bivalves de l'estuaire maritime du Saint-Laurent

La cueillette de mollusques constitue, sur la Côte-Nord, une activité fort populaire qui permet aux riverains de se procurer une ressource alimentaire très appréciée tout en maintenant vivante une pratique traditionnelle liée au Saint-Laurent. Plusieurs organismes gouvernementaux se partagent la responsabilité de la surveillance de la qualité des mollusques et des zones de cueillette. Une étude a été menée, sur la rive nord de l'estuaire maritime, par la Direction de la santé publique de la Côte-Nord dans le cadre des activités du domaine d'intervention Santé humaine du Plan d'action Saint-Laurent Vision 2000. Cette étude visait à évaluer la validité des indicateurs qui servent à estimer la contamination des mollusques par les pathogènes.

Vivant enfouis dans les sédiments ou fixés aux roches et aux récifs, les mollusques se nourrissent de phytoplancton et d'autres substances obtenus par filtration de l'eau. Ils sont ainsi susceptibles d'absorber certains contaminants pouvant les rendre impropres à la consommation. Les mollusques bivalves peuvent, par exemple, être contaminés par des micro-organismes pathogènes (bactéries, virus et protozoaires) introduits dans les eaux coquillières par les déchets fécaux humains et animaux.

Les conséquences, pour la santé, de la consommation de mollusques contaminés par ces pathogènes se manifestent généralement sous forme de troubles gastro-intestinaux dont la durée peut varier de quelques heures à quelques jours. Toutefois, des infections plus graves telles que la salmonellose et l'hépatite A, de même que des infections chroniques telles que la giardiase, peuvent également être causées par l'ingestion de mollusques contaminés par des micro-organismes pathogènes.

Surveillance de la salubrité des mollusques et des eaux coquillières

La surveillance de la contamination des mollusques et des eaux coquillières, y compris la contamination d'origine fécale, est au centre d'un programme géré par plusieurs organismes des gouvernements du Québec et du Canada. Dans le cas des 46 secteurs de cueillette situés sur la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent, on évalue la qualité bactériologique de l'eau sur une base régulière dans le but de formuler des recommandations visant à autoriser la cueillette des mollusques dans une zone donnée, à l'approuver conditionnellement ou encore à l'interdire. La qualité des mollusques cueillis à des fins commerciales fait également l’objet d’une évaluation dans les usines de transformation de fruits de mer.

La surveillance de la contamination fécale des mollusques et des eaux coquillières repose essentiellement sur la recherche du micro-organisme Escherichia coli de même que sur celle des coliformes fécaux et des coliformes totaux.

Des indicateurs remis en question

Les conclusions d'une étude menée en 1999 par la Direction de la santé publique de la Côte-Nord ont soulevé un questionnement quant à la fiabilité des indicateurs actuellement utilisés aux fins d'évaluation de la contamination fécale des mollusques et des eaux coquillières de la rive nord de l'estuaire maritime du Saint-Laurent.

Dans les mois qui ont suivi, un projet de recherche a été mis en œuvre, le but étant d'évaluer la validité de certains micro-organismes comme indicateurs de la qualité des mollusques et des eaux coquillières, et ce, en tenant compte de l'incidence de divers paramètres environnementaux. L’aire d’étude retenue pour ce projet correspondait au territoire de la Zone d’intervention prioritaire (ZIP) de la rive nord de l’estuaire, qui s’étend de Tadoussac à Baie-Trinité. Près de quatre mille myes ont été récoltées dans neuf zones de cueillette réparties entre Pointe-aux-Outardes et Grandes-Bergeronnes. Les prélèvements d'eau, au nombre de 28, ont eu lieu à un seul endroit, soit dans la Baie-Laval.

Les analyses effectuées sur les échantillons d'eau et de myes prélevés avaient pour objet, d'une part, de détecter la présence et de mesurer l'abondance de six micro-organismes susceptibles d'être utilisés comme indicateurs de la contamination fécale. Deux de ces micro-organismes, soit Escherichia coli et les coliformes fécaux, sont d'ailleurs utilisés dans le cadre des programmes de surveillance actuels, alors que les quatre autres constituent des indicateurs potentiels. D'autre part, les analyses ont permis d'évaluer, dans les myes, la présence de quatre pathogènes constituant, dans certaines conditions, un risque pour la santé de la population.

La vigilance s'impose dans le choix et l'utilisation des indicateurs

Au terme de l'étude, il apparaît que la fréquence de détection des pathogènes dans les myes est importante, puisque 90 p. 100 des échantillons se sont révélés contaminés. La contamination a touché les myes des six secteurs fermés à la cueillette, ce qui était prévisible. Toutefois, des myes contaminées ont aussi été prélevées dans les trois secteurs où la cueillette était autorisée. Ceci confirme le fait que la consommation de mollusques peut représenter une source d’exposition significative aux micro-organismes pathogènes d'origine fécale.

Par ailleurs, Escherichia coli et les coliformes fécaux sont apparus comme des indicateurs peu performants de la présence des pathogènes. En effet, les fréquences de détection de Escherichia coli et des coliformes fécaux, évaluées respectivement à 14 p. 100 et à 21 p. 100, sont nettement inférieures à la fréquence de détection des pathogènes. En outre, Escherichia coli et les coliformes fécaux ne sont pas détectés dans près de 80 p. 100 des échantillons pourtant contaminés par des pathogènes. « Ces résultats tendent à confirmer l’hypothèse selon laquelle Escherichia coli et les coliformes fécaux ne seraient pas suffisamment sensibles pour être des indicateurs valides de la contamination fécale des mollusques sur la Côte-Nord », mentionne Mme Alexandra Valentin, qui a dirigé l'étude à titre de chargée de projet pour la Direction de la santé publique de la Côte-Nord. Selon Mme Valentin, il faudrait toutefois vérifier si l’application d’un seuil de détection plus faible que celui qui a été utilisé dans la présente étude, tel que recommandé et utilisé par certains programmes de surveillance, suffirait à accroître la sensibilité des indicateurs à un niveau satisfaisant.

L’étude de l’incidence des paramètres environnementaux sur l’abondance des micro-organismes indicateurs peut fournir une explication quant à la faible performance d'Escherichia coli et des coliformes fécaux comme indicateurs de la présence des pathogènes. En effet, les résultats suggèrent que la salinité de l'eau favorise la disparition rapide d'Escherichia coli et des coliformes fécaux dans les eaux des zones coquillières.

Finalement, parmi les quatre indicateurs potentiels considérés dans le cadre de l'étude, il a été possible de désigner un candidat prometteur en ce qui a trait à la détection de la contamination d'origine fécale dans les mollusques. Il s'agit du groupe des coliphages somatiques. Ceux-ci sont apparus comme sensibles, ce qui signifie qu'ils sont effectivement détectés dans les mollusques contaminés par des pathogènes. Ils semblent également peu vulnérables aux conditions environnementales.

« À l'époque où Escherichia coli et les coliformes fécaux ont été retenus comme indicateurs de la contamination fécale des mollusques, un moins grand nombre de micro-organismes pathogènes présents dans les zones coquillières était connu », explique Mme Valentin, insistant sur le fait qu'il est important de poursuivre les travaux visant à év aluer la qualité des indicateurs actuels ou potentiels. Dans l'étude, on soutient que pour l'avenir, la mise en place d’un outil efficace d'évaluation des risques associés à la consommation de mollusques doit reposer sur des études épidémiologiques, des recherches touchant aux micro-organismes et une connaissance accrue des interactions des micro-organismes entre eux et avec le milieu.

Il va sans dire que l'étude a permis de confirmer l'importance du respect, par les cueilleurs, des avis de fermeture des secteurs coquilliers. En outre, il est recommandé de faire cuire les mollusques au moins cinq minutes avant de les manger, et ce, en les faisant bouillir directement dans l’eau, ce qui pourrait garantir une température interne suffisante pour que soit éliminée la majorité des micro-organismes pathogènes.

Pour information :

Alexandra Valentin
Institut des sciences de la mer (ISMER)
Université du Québec à Rimouski
Téléphone : (418) 775-0655
Courriel : VALENTINA@dfo-mpo.gc.ca

Jacques-François Cartier
Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord
Téléphone : (418) 589-9845
Courriel : Jacques-Francois_Cartier@ssss.gouv.qc.ca

Source :

VALENTIN, A., T. TREMBLAY, F. GAGNON et J.F. Cartier. 2000. Évaluation de la validité des indicateurs de contamination fécale des mollusques bivalves et des eaux coquillières de la rive nord de l'estuaire maritime du Saint-Laurent . Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord, Direction de la santé publique, 90 p. + annexes.

 

 

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