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Pour
une meilleure détection des micro-organismes pathogènes
dans les mollusques bivalves de l'estuaire maritime du Saint-Laurent
La
cueillette de mollusques constitue, sur la Côte-Nord, une
activité fort populaire qui permet aux riverains de se procurer
une ressource alimentaire très appréciée tout
en maintenant vivante une pratique traditionnelle liée au
Saint-Laurent. Plusieurs organismes gouvernementaux se partagent
la responsabilité de la surveillance de la qualité
des mollusques et des zones de cueillette. Une étude a été
menée, sur la rive nord de l'estuaire maritime, par la Direction
de la santé publique de la Côte-Nord dans le cadre
des activités du domaine d'intervention Santé humaine
du Plan d'action Saint-Laurent Vision 2000. Cette étude visait
à évaluer la validité des indicateurs qui servent
à estimer la contamination des mollusques par les pathogènes.
Vivant
enfouis dans les sédiments ou fixés aux roches et
aux récifs, les mollusques se nourrissent de phytoplancton
et d'autres substances obtenus par filtration de l'eau. Ils sont
ainsi susceptibles d'absorber certains contaminants pouvant les
rendre impropres à la consommation. Les mollusques bivalves
peuvent, par exemple, être contaminés par des micro-organismes
pathogènes (bactéries, virus et protozoaires) introduits
dans les eaux coquillières par les déchets fécaux
humains et animaux.
Les
conséquences, pour la santé, de la consommation de
mollusques contaminés par ces pathogènes se manifestent
généralement sous forme de troubles gastro-intestinaux
dont la durée peut varier de quelques heures à quelques
jours. Toutefois, des infections plus graves telles que la salmonellose
et l'hépatite A, de même que des infections chroniques
telles que la giardiase, peuvent également être causées
par l'ingestion de mollusques contaminés par des micro-organismes
pathogènes.
Surveillance
de la salubrité des mollusques et des eaux coquillières
La
surveillance de la contamination des mollusques et des eaux coquillières,
y compris la contamination d'origine fécale, est au centre
d'un programme géré par plusieurs organismes des gouvernements
du Québec et du Canada. Dans le cas des 46 secteurs
de cueillette situés sur la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent,
on évalue la qualité bactériologique de l'eau
sur une base régulière dans le but de formuler des
recommandations visant à autoriser la cueillette des mollusques
dans une zone donnée, à l'approuver conditionnellement
ou encore à l'interdire. La qualité des mollusques
cueillis à des fins commerciales fait également lobjet
dune évaluation dans les usines de transformation de
fruits de mer.
La
surveillance de la contamination fécale des mollusques et
des eaux coquillières repose essentiellement sur la recherche
du micro-organisme Escherichia coli de même que sur
celle des coliformes fécaux et des coliformes totaux.
Des
indicateurs remis en question
Les
conclusions d'une étude menée en 1999 par la Direction
de la santé publique de la Côte-Nord ont soulevé
un questionnement quant à la fiabilité des indicateurs
actuellement utilisés aux fins d'évaluation de la
contamination fécale des mollusques et des eaux coquillières
de la rive nord de l'estuaire maritime du Saint-Laurent.
Dans
les mois qui ont suivi, un projet de recherche a été
mis en uvre, le but étant d'évaluer la validité
de certains micro-organismes comme indicateurs de la qualité
des mollusques et des eaux coquillières, et ce, en tenant
compte de l'incidence de divers paramètres environnementaux.
Laire détude retenue pour ce projet correspondait
au territoire de la Zone dintervention prioritaire (ZIP) de
la rive nord de lestuaire, qui sétend de Tadoussac
à Baie-Trinité. Près de quatre mille myes ont
été récoltées dans neuf zones de cueillette
réparties entre Pointe-aux-Outardes et Grandes-Bergeronnes.
Les prélèvements d'eau, au nombre de 28, ont
eu lieu à un seul endroit, soit dans la Baie-Laval.
Les
analyses effectuées sur les échantillons d'eau et
de myes prélevés avaient pour objet, d'une part, de
détecter la présence et de mesurer l'abondance de
six micro-organismes susceptibles d'être utilisés comme
indicateurs de la contamination fécale. Deux de ces micro-organismes,
soit Escherichia coli et les coliformes fécaux, sont
d'ailleurs utilisés dans le cadre des programmes de surveillance
actuels, alors que les quatre autres constituent des indicateurs
potentiels. D'autre part, les analyses ont permis d'évaluer,
dans les myes, la présence de quatre pathogènes constituant,
dans certaines conditions, un risque pour la santé de la
population.
La
vigilance s'impose dans le choix et l'utilisation des indicateurs
Au
terme de l'étude, il apparaît que la fréquence
de détection des pathogènes dans les myes est importante,
puisque 90 p. 100 des échantillons se sont révélés
contaminés. La contamination a touché les myes des
six secteurs fermés à la cueillette, ce qui était
prévisible. Toutefois, des myes contaminées ont aussi
été prélevées dans les trois secteurs
où la cueillette était autorisée. Ceci confirme
le fait que la consommation de mollusques peut représenter
une source dexposition significative aux micro-organismes
pathogènes d'origine fécale.
Par
ailleurs, Escherichia coli et les coliformes fécaux
sont apparus comme des indicateurs peu performants de la présence
des pathogènes. En effet, les fréquences de détection
de Escherichia coli et des coliformes fécaux, évaluées
respectivement à 14 p. 100 et à 21 p. 100,
sont nettement inférieures à la fréquence de
détection des pathogènes. En outre, Escherichia coli
et les coliformes fécaux ne sont pas détectés
dans près de 80 p. 100 des échantillons pourtant contaminés
par des pathogènes. « Ces résultats tendent
à confirmer lhypothèse selon laquelle Escherichia
coli et les coliformes fécaux ne seraient pas suffisamment
sensibles pour être des indicateurs valides de la contamination
fécale des mollusques sur la Côte-Nord »,
mentionne Mme Alexandra Valentin, qui a dirigé l'étude
à titre de chargée de projet pour la Direction de
la santé publique de la Côte-Nord. Selon Mme Valentin,
il faudrait toutefois vérifier si lapplication dun
seuil de détection plus faible que celui qui a été
utilisé dans la présente étude, tel que recommandé
et utilisé par certains programmes de surveillance, suffirait
à accroître la sensibilité des indicateurs à
un niveau satisfaisant.
Létude
de lincidence des paramètres environnementaux sur labondance
des micro-organismes indicateurs peut fournir une explication quant
à la faible performance d'Escherichia coli et des
coliformes fécaux comme indicateurs de la présence
des pathogènes. En effet, les résultats suggèrent
que la salinité de l'eau favorise la disparition rapide d'Escherichia
coli et des coliformes fécaux dans les eaux des zones
coquillières.
Finalement,
parmi les quatre indicateurs potentiels considérés
dans le cadre de l'étude, il a été possible
de désigner un candidat prometteur en ce qui a trait à
la détection de la contamination d'origine fécale
dans les mollusques. Il s'agit du groupe des coliphages somatiques.
Ceux-ci sont apparus comme sensibles, ce qui signifie qu'ils sont
effectivement détectés dans les mollusques contaminés
par des pathogènes. Ils semblent également peu vulnérables
aux conditions environnementales.
« À
l'époque où Escherichia coli et les coliformes
fécaux ont été retenus comme indicateurs de
la contamination fécale des mollusques, un moins grand nombre
de micro-organismes pathogènes présents dans les zones
coquillières était connu », explique Mme Valentin,
insistant sur le fait qu'il est important de poursuivre les travaux
visant à év aluer la qualité des indicateurs
actuels ou potentiels. Dans l'étude, on soutient que pour
l'avenir, la mise en place dun outil efficace d'évaluation
des risques associés à la consommation de mollusques
doit reposer sur des études épidémiologiques,
des recherches touchant aux micro-organismes et une connaissance
accrue des interactions des micro-organismes entre eux et avec le
milieu.
Il
va sans dire que l'étude a permis de confirmer l'importance
du respect, par les cueilleurs, des avis de fermeture des secteurs
coquilliers. En outre, il est recommandé de faire cuire les
mollusques au moins cinq minutes avant de les manger, et ce, en
les faisant bouillir directement dans leau, ce qui pourrait
garantir une température interne suffisante pour que soit
éliminée la majorité des micro-organismes pathogènes.
Pour
information :
Alexandra
Valentin
Institut des sciences de la mer (ISMER)
Université du Québec à Rimouski
Téléphone : (418) 775-0655
Courriel : VALENTINA@dfo-mpo.gc.ca
Jacques-François
Cartier
Régie régionale de la santé et des services
sociaux de la Côte-Nord
Téléphone : (418) 589-9845
Courriel : Jacques-Francois_Cartier@ssss.gouv.qc.ca
Source
:
VALENTIN,
A., T. TREMBLAY, F. GAGNON et J.F. Cartier. 2000. Évaluation
de la validité des indicateurs de contamination fécale
des mollusques bivalves et des eaux coquillières de la rive
nord de l'estuaire maritime du Saint-Laurent . Régie régionale
de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord,
Direction de la santé publique, 90 p. + annexes.
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